Par Isabelle Giguère M.Ps., psychologue, conférencière et copropriétaire chez Psychologie Rive-Sud

On le répète sans cesse depuis le début de la pandémie, il est primordial de respecter les consignes émises par la Direction de la santé publique. Le respect de celles-ci n’est pas seulement une question d’intention ou de bonne volonté, cela peut aussi être, et surtout, une question d’émotions. Parlons-en!

Un vent d’émotions. La mise en place de consignes et le délai de restriction peuvent faire vivre son lot d’émotions. Un malaise dit “normal”, dans une certaine mesure, peut être ressenti associé à une période prolongée de distanciation et d’interdictions diverses. Pour certains, il peut être difficile d’accepter (ou apprivoiser) ce malaise.

Par exemple, ne pas entrer chez une amie pour prendre un bon café, dire non aux enfants qui veulent sortir jouer dehors chez le voisin, etc. Dans un autre registre, il est extrêmement souffrant de ne pas pouvoir visiter un proche isolé, vulnérable ou en fin de vie, c’est plus que normal de trouver ça difficile!

Un combat intérieur. Respecter les consignes de santé publique, c’est aussi accepter de vivre une certaine déception, voire plusieurs déceptions! C’est dire non… se dire non et vivre des frustrations. C’est être exposé au malaise, voire ses malaises intérieurs! De telles mesures qui amènent la distanciation nous rapprochent aussi de l’intériorisation! Cela peut s’avérer particulièrement difficile pour certains. Ces malaises peuvent alors entraîner un fort besoin d’agir pour se soulager ou se faire du bien, malgré les restrictions.

C’est là que réside le risque du non-respect des consignes

Il ne s’agit pas de mauvaise intention, mais la conséquence est la même. Ça veut malheureusement dire se mettre en danger et peut-être mettre en danger son prochain. Il faut rester vigilant, soyez à l’affût des pensées de banalisation, les vôtres comme celles des autres; se dire « ce n’est pas si grave, faut pas exagérer » c’est dangereux!

Comment y parvenir ? Par la gestion émotionnelle!

  • Clarifier ses valeurs, qu’elles fassent sens pour vous!
  • Observer simplement ses pensées et émotions, elles sont normales!
  • Prendre conscience et laisser aller…, le fameux lâcher prise!

Clarifier ses valeurs. Ce que nous vivons actuellement représente un réel défi. Et comme dans tous les défis (encore plus vrai si nous ne l’avons pas nous même décidé ou n’en avons pas le contrôle), il est important qu’il fasse du sens pour nous, de le rattacher à nos valeurs afin d’augmenter nos chances de réussite. En effet, il sera plus facile de s’y référer, tel un phare en pleine mer et ce, surtout si notre mer émotionnelle est agitée!  Ainsi, que ce soit pour contribuer à la santé de tous (valeur sociale) ou en profiter pour revoir ses habitudes et explorer ses intérêts (valeur individuelle), il est souvent très utile de cibler un sens plus large aux objectifs plus précis que l’on vise.  Comme par exemple, vous aurez plus de chance de maintenir votre objectif de diminuer votre consommation de sucre si ce but est également connecté à l’importance que vous accordez à prendre soins de sa santé pour vivre mieux plus longtemps! 

Observer ses pensées et émotions. Lorsque les premiers obstacles se pointent, il est alors extrêmement important de pouvoir d’abord observer ses pensées et ses émotions.  Il est en effet utopique de penser pouvoir gérer ses émotions si nous ne sommes pas en contact ni conscient de celles-ci.  Il est alors important de ne pas chercher à les supprimer ni les combattre, elles proviennent de réflexes développés tout au long de notre vie.  Il est beaucoup plus aidant de se placer en position d’observateur de cette pensée et se demander si elle est utile ou non pour rencontrer notre objectif. Tout en acceptant sa présence, il devient alors important de se reconnecter à ses valeurs et continuer d’agir en ce sens malgré le malaise pour un petit pas à la fois, maintenir le cap et accoster à bon port!

Prendre conscience et laisser aller. Félicitez-vous de prendre conscience de vos émotions et pensées et de ne pas agir en fonction de les faire taire, mais plutôt en fonction de ce qui est important pour vous. Il es normal de vivre cet état d’être, tentez de laisser aller simplement. Nos actions sont beaucoup plus motivées par la gestion émotionnelle que nous pouvons le penser! Éviter ou non un malaise est donc intimement lié à la conscientisation de nos émotions et des pensées associées.  Il en va de la différence entre ne pas respecter les consignes de distanciation ou non… 

Voici d’autres stratégies proposées par l’Ordre des psychologue du Québec (OPQ): Se mettre en action (par exemple, aider une personne âgée en faisant son épicerie); S’informer auprès de sources officielles, s’appuyer sur des faits afin de relativiser la situation; Éviter la surexposition aux nouvelles et médias traitant de la COVID-19, car le cerveau surexposé est plus inquiet; Conserver ou intégrer de saines habitudes de vie dans son quotidien (bien s’alimenter, bouger, sortir à l’extérieur, bien dormir); Rester en contact avec les gens qui vous font du bien (par téléphone, Skype, Facetime, etc.); Etc. https://www.ordrepsy.qc.ca/coronavirus-covid-19-conseils-psychologiques-

Il existe toujours des solutions!

Consultez si vous sentez que vos émotions vous amènent à avoir des comportements qui vont à l’encontre des consignes de santé publique, les psychologues et autres intervenants psychosociaux sont là pour vous, pour vous écouter et vous aider à aider la population! Plusieurs d’entre eux pratiquent la consultation en ligne dans l’attente que la situation se normalise, n’hésitez pas à les contacter.